Underwater
En dépit d’une apparition finale saisissante et des idées de base enthousiasmantes, Underwater s’affuble d’une mise en scène maladroite et égocentrique qui gravite majoritairement autour de Kristen Stewart. Bien qu’énergique, la progression demeure assez laborieuse, car mal exposée dans son cadre et guère mieux soutenue par ses protagonistes interchangeables. On déplore également des approximations scénaristiques et des faux raccords flagrants. En de telles circonstances, un film qui manque malheureusement de profondeur…
Les fonds marins, et plus particulièrement les abysses, font l’objet d’une certaine fascination en raison de leur méconnaissance. D’hypothèses scientifiques plausibles en théories purement fictionnelles, plusieurs productions cinématographiques se sont distinguées par des huis clos immersifs, voire oppressants lorsque ceux-ci s’apparentaient à un récit survivaliste. On songe à Abyss ou à Sphère qui, tous deux, sont parvenus à retranscrire l’ambiance si particulière, empreinte de merveilles et de craintes, de ces lieux où l’hostilité règne à l’égard de l’homme. Aussi, Underwater s’insinue dans un sujet non dénué d’intérêts et, pour ne rien gâcher, pas assez représenté sous l’angle du cinéma de genre. Une bonne initiative ?
Sans ambages, le film ne perd guère de temps pour imposer le décor. Il ne s’agit pas d’explorer les abysses, mais d’y survivre à la suite d’une catastrophe dont on taira sciemment la teneur. L’entame est donc dynamique et laisse augurer d’un déroulement assez tendu, porté par l’urgence de la situation et l’état de délabrement général de la station sous-marine. À certains égards, on pourrait faire le rapprochement avec l’espace. Cela vaut pour le cadre et l’évolution narrative. Le recoupement tient alors à l’exiguïté des lieux qui se confrontent à une zone extérieure aussi vaste que dangereuse. D’ailleurs, il est aisé de distinguer des influences chères à Alien.
On songe au personnage principal, à l’équipe restreinte et à une menace non identifiée. Le parallèle avec de tels récits de science-fiction se justifie même par la filmographie de William Eubank, déjà responsable de deux productions intersidérales. Bref, Underwater bénéficie de bases saines pour développer son propos et s’insinuer dans le cercle fermé des huis clos sous-marins. Cependant, il persiste des écueils si pénibles à l’écran que la meilleure volonté du monde ne pourrait les ignorer. Et cela tient essentiellement à la mise en scène qui ne prend absolument pas la pleine mesure du potentiel des lieux et du scénario lui-même.
Qu’il s’agisse d’angles de profils ou frontaux, la caméra a une fâcheuse tendance à se rapprocher des protagonistes, en particulier de Kristen Stewart. On a l’impression que le film se focalise uniquement sur l’actrice, en délaissant l’intrigue, les autres intervenants et la menace non identifiée. Dans la présentation des séquences, les échanges ou même des passages qui requiert des plans larges, on se heurte constamment à ce procédé répétitif qui agace et n’apporte strictement rien en matière d’ambiance ou de découverte des lieux. L’idée reste similaire au sein de la station ou en dehors, rendant l’appréhension des différents dangers complètement aléatoire.
De même, l’action n’est guère lisible et les mouvements frénétiques de la caméra ajoutent à la confusion générale. On déplore également de nombreux faux raccords et des incohérences en pagaille. À titre d’exemple, Norah est amenée à s’insinuer dans un passage étroit, car elle est plus menue. Or, le port de son scaphandre rend son gabarit similaire aux autres membres de l’équipe qui, par ailleurs, s’empressent de lui emboîter le pas. Il est à regretter plusieurs approximations visuelles et des contradictions dans les périples sous-marins ; pour les distances parcourues, l’orientation géographique des sites et leur profondeur respective.
À cela s’ajoute une caractérisation superficielle qui fait la part belle à Kristen Stewart, là encore. Les échanges sont stériles et relèvent parfois du pléonasme. Ce qui rend certains passages involontairement drôles. « C’est une nouvelle espèce ! » « Ça a appartenu à quelqu’un. » et autres réparties aussi douteuses que lourdes. De même, le trépas des uns ne touche guère le spectateur. Il n’y a aucune dimension émotionnelle ou une envie d’insister sur la pluralité du danger. Il demeure néanmoins une surprise de taille en guise de conclusion qui apporte une tonalité toute lovecraftienne à l’histoire. En somme, un lot de consolation qui survient tardivement. Cependant, on n’échappe pas à certaines caricatures héroïques, passablement inutiles et surannées.
Au final, Underwater est l’exemple typique d’une production nantie d’un potentiel évident que la réalisation et la multitude de défauts formels viennent gâcher. Ce qui s’annonçait comme un film intéressant sur les abysses aboutit finalement à un métrage nombriliste entièrement centré sur sa tête d’affiche. Tout gravite autour de Kristen Stewart au lieu de se concentrer sur la survie et la fuite de la station. En considérant plusieurs contradictions, une gestion spatiale guère maîtrisée et des personnages basiques, il en ressort une amère déception, surtout au vu de ce que suggère le dénouement. Même la portée de ce dernier s’altère par un épilogue ridicule où le lapin en peluche fait office de pièces à conviction (sérieusement ?) et d’une musique pop hors de propos.
Un film de William Eubank
Avec : Kristen Stewart, Vincent Cassel, T.J. Miller, Jessica Henwick