Robocroc
Sous couvert d’un propos farfelu, Robocroc s’inscrit dans la mouvance des productions Asylum ou SyFy où l’on se contente d’exposer une bestiole mal fichue devant un parterre de protagonistes décérébrés. Affublé d’un scénario incohérent et sans fond, un survival animalier fauché, prévisible, redondant et pénible à tous égards.
Si les requins demeurent l’espèce dominante dans le survival animalier, les crocodiles et autres alligators ont également eu droit à leur lot de productions plus ou moins déplorables. À l’image de Black Water, Primeval ou Rogue, on a pu apprécier de sympathiques et efficaces incursions. C’est sans compter sur une myriade d’élucubrations cinématographiques où les producteurs fauchés rivalisent de bêtises et d’invraisemblances pour interpeller le chaland. On songe, entre autres, à Alligator Alley, Dinocroc Vs Supergator ou encore Supercroc. Autant de raisons de rester méfiant à l’égard de ce genre d’itérations, surtout lorsqu’elles proviennent des studios UFO, qui n’ont rien à envier à SyFy ou Asylum.
Le bon prédateur ?
Avec une traque de l’animal somme toute classique dans ses fondamentaux, Robocroc aurait pu s’inscrire dans une démarche « réaliste » pour étayer son propos. Seulement, producteurs et scénariste confondent vraisemblablement originalité et absurdité. Mise au point par le gouvernement américain, une arme nanotechnologique s’écrase dans un zoo et infeste le malheureux quidam qui se trouve sur les lieux. En l’occurrence, un crocodile particulièrement massif. L’organisme évolue pour faire du reptile une machine à tuer ; au sens littéral, pour une fois. Un concept saugrenu qui aura néanmoins trouvé un écho dans le domaine de la sharksploitation en la présence du tout aussi méphitique Roboshark.
Au sortir de cette considération, l’intrigue enchaîne les clichés à un rythme effréné. Cela vaut tout d’abord par une brochette d’intervenants caricaturés au possible. Les rôles sont définis de telle manière à occuper un statut prétexte pour veiller au mauvais déroulement du récit. À savoir, une chasse au croco qui se contente d’aligner deux ou trois lieux d’action pour confronter l’animal aux humains. L’ensemble a beau se montrer énergique, l’ennui découle d’une prévisibilité extrême dans l’enchaînement des péripéties. Le semblant d’histoire est structuré de telle sorte à justifier une attaque opportune ou un danger mal suggéré, tant les séquences et le cadre sont compartimentés. À l’image des enjeux, cela dit.
On ouvre grand la gueule...
L’évolution progressive du crocodile en arme cybernétique prête à sourire et donne le ton quant au « sérieux » de l’initiative. On a beau rester ancré dans un premier degré global, les frasques de Corin Nemec et de ses comparses rendent l’ensemble rocambolesque. Cela concerne aussi les justifications avancées pour prendre une décision ou privilégier une approche plutôt qu’une autre. D’incohérences en imbécillités manifestes, le scénario ne parvient même pas à conserver la linéarité qui semble pourtant le définir de prime abord. Il en émane un traitement comique qui se moque autant du spectateur que du genre lui-même.
Quant aux attaques dudit crocodile, on persiste dans une brutalité à peine esquissée. L’animal en question pâtit d’une modélisation immonde, ainsi que de problèmes d’échelle et de perspectives. D’un plan au suivant, l’appréhension de son gabarit peut être trompeuse, voire contradictoire. En ce qui concerne les incrustations, on demeure dans la moyenne médiocre de ce type de productions avec des décalages spatiaux flagrants ou des raccords bricolés avec trois bouts de ficelles pour « faire illusion » entre ce qui est filmé et synthétisé. À noter que les aptitudes robotiques du crocodile ne sont jamais exploitées à bon escient. Tout juste doit-on se contenter d’une vision à la Terminator.
... Et on gobe tout ce qui passe à portée de crocs !
Au final, Robocroc est une énième infamie cinématographique. Véritable affront au genre, l’unique métrage d’Arthur Sinclair s’avance comme une aberration sur bobine, incapable de fournir un minimum de rigueur et de cohérence. Cela vaut aussi bien pour la narration percluse de contradictions que pour la mise en scène méphitique. Malgré un nombre honorable d’amuse-gueules humains, la principale victime demeure le crocodile. À ce titre, la modélisation et l’animation de cette savonnette sur pattes sont les seules occurrences véritablement effrayantes du film. Ajoutons une tonalité pseudo-comique inutile et mal avancée pour se retrouver avec une production mauvaise et ridicule dans tout ce qu’elle entreprend.
Un film de Arthur Sinclair
Avec : Corin Nemec, Lisa McCallister, Steven Hartley, Dee Wallace