La nuit des requins
La nuit des requins s’empêtre dans ses contradictions et en oublie de focaliser son attention sur le requin. Il en ressort une série B qui lorgne davantage du côté du film d’action fauché et ennuyeux où l’histoire accumule les incohérences. Les fondamentaux du survival animalier ne sont guère maîtrisés, encore moins assumés.
Si les années 1980 sont assez prolifiques dans le domaine horrifique avec l’émergence de boogeymans emblématiques, le survival animalier profite avec modération du succès des Dents de la mer. Loin d’être notable, on peut citer les deux dernières suites au chef d’œuvre de Spielberg, ainsi que La mort au large. Produit italien de seconde zone qui s’avance comme une version édulcorée de son modèle américain. De prime abord, La nuit des requins surfe sur cette vague de films. Le passif de Tonino Ricci en matière de séries B semble également aller en ce sens. Et ce n’est pourtant qu’à une approche mal assumée et maladroite à laquelle il faut nous confronter.
La nuit des requins ne se passe pas au lit
Le cadre des Caraïbes au large des côtes mexicaines concourt à instaurer l’ambiance où l’entame voit s’affronter l’homme et l’animal dans un mélange d’hémoglobine et de bulles. L’ensemble reste assez surfait et basique, mais la démonstration laisse à penser à une potentielle générosité dans sa progression. Le genre n’étant pas gangrené par le modèle propre aux actuelles productions, l’histoire tente également de s’affranchir de certains poncifs avec un scénario de chantage sur fond de milieu mafieux. Des ingrédients hétéroclites inhérents aux séries B qui, pour l’époque, pouvaient faire illusion et offrir un divertissement relativement riche en péripéties, à défaut de rebondissements crédibles.
Malheureusement, c’est sur cette intrigue secondaire que se concentre la trame et non sur l’affrontement avec le requin. Car s’il n’a pas encore été évoqué clairement, il se fait furieusement discret. L’on assiste plutôt à une confrontation à distance entre les victimes du chantage et le frère du maître chanteur. Une situation improbable, pour ne pas dire cocasse, qui ne s’embarrasse guère de cohérence pour expliquer la traque et les moyens sollicités pour mettre la main sur une cervelle d’oiseau. En la personne de Treat Williams, le frère n’est pas en reste en s’obstinant à un affrontement inutile et vain. Sa solution? Prendre les armes et planquer la preuve fragile dans le ventre de son ennemi juré: le requin.
Un coup de soleil, ça fait mal
L’obsession qui tourne autour du requin peut faire référence au rapport homme/animal que l’on retrouve dans le roman d’Herman Melville, Moby Dick. Cette allusion anecdotique ne change pas grand-chose à l’appréciation générale. Le squale s’invite à intervalles irréguliers dans les bévues du protagoniste, tandis que l’exploration de l’île entre deux fusillades souffre de nombreux écueils. À commencer par un rythme anarchique où la succession d’événements fait s’enchaîner les séquences avec précipitation ou langueur. On n’échappe pas à deux ou trois passages «glamour», ainsi qu’aux comportements erratiques et stupides des différents intervenants.
Dans ces circonstances, les attaques du requin, ainsi que les victimes, se comptent sur les doigts d’une main. L’alternance entre une reproduction en plastique (ou en carton) et un véritable squale s’arroge les mêmes tics de cadrage pour l’ensemble du métrage. Plans rapprochés sur l’œil du biennommé Cyclope, caméra subjective, séquence sous-marine indigente... Non seulement la mise en scène est aussi fauchée que les idées faméliques du récit, mais le tout dégage un profond sentiment d’ennui. Les échanges sont creux et la progression redondante au possible pour essayer de démêler l’imbroglio scénaristique dans lequel se sont empêtrés les personnages. En ce sens, le dénouement est un modèle de bêtise pour tenter de conclure la vendetta de l’antagoniste sur fond de menaces sous-jacentes. Absurde et illogique.
Un ballet marin bien mollasson
Au final, La nuit des requins se distingue surtout par un titre paradoxal. Hormis de trop furtifs plans nocturnes, la pénombre n’est guère de circonstances, tout comme la présence sporadique du requin. On notera qu’il n’y a aucune autre trace animale aux alentours. Au même titre que le cheminement incohérent et ennuyeux de l’intrigue, les fonds marins restent cruellement déserts. L’accent est plutôt mis sur cette histoire de chantage, au lieu de s’en servir comme prétexte pour amener le squale au centre de toutes les préoccupations. Une manière comme il en existe tant d’autres de perdre de vue son sujet principal au profit d’un traitement hasardeux, mal dégrossi et globalement ringard.
Un film de Tonino Ricci
Avec : Treat Williams, Janet Agren, Antonio Fargas, Stelio Candelli