Amityville 1993 : Votre heure a sonné
Un sixième opus d’une rare indigence où l’aspect comico-horrifique décrédibilise une histoire déjà peu portée sur la cohérence et le sérieux de son sujet. Une incursion laborieuse et idiote où chaque manifestation paranormale est l’objet d’une débâcle en règle.
La production effrénée de suites exige un retour sur investissement immédiat. Peu importe leur pertinence ou leur qualité intrinsèque, pourvu que l’ivresse de la planche à billets fonctionne. Comme de nombreuses sagas cinématographiques, Amityville s’est fourvoyé dans les DTV opportunistes et ne semble guère en mesure d’inverser la tendance. Le concept est essoufflé, mais cela n’empêche nullement d’enchaîner les suites aussi farfelues qu’affligeantes. Le mal nommé Amityville 1993 (1992 aux États-Unis) succède donc à l’exécrable film de Tom Berry. En terme de cohérence, il n’y a aucun lien avéré entre chaque métrage et les allusions au 112 Ocean Avenue sont de plus en plus ténues et tirées par les cheveux.
Les joies de l'architecture contemporaine
En l’occurrence, la présente histoire recycle le concept du quatrième opus en invitant un objet hanté dans une demeure cossue. Ici, il ne s’agit pas d’une lampe, mais d’une horloge. L’idée paraît toujours aussi farfelue, mais ce qui mine l’a priori, outre le manque d’inspiration flagrant, reste le traitement qui lui sera fait. Du côté des éléments présentant un minimum d’intérêt, on peut s’attarder sur la manipulation de l’espace-temps. Cela permet de mieux troubler les résidents de la maison et de flouer la réalité elle-même. Seulement, elle s’enlise dans un scénario informe qui la tourne en ridicule, un peu comme l’une des victimes en fin de parcours...
Au lieu de développer une ambiance anxiogène, la narration nous inflige des séquences toutes plus pathétiques les unes que les autres. Les phénomènes paranormaux jouent la carte du grand-guignolesque pour se manifester. On songe notamment au comportement erratique du père, victime d’une infestation peu ragoûtante ou à la scène de masturbation avec le miroir (ou plutôt l’entité qui s’y terre). Cela sans compter la mort d’une voisine, littéralement poignardée par le bec d’un oiseau géant, mascotte d’un camion de glace. Ça ne s’invente pas! On en viendrait presque à regretter les sempiternelles portes qui claquent, les murmures d’outre-tombe et autres effets éculés.
Emballage soigné pour cadeau endiablé !
Et ce ne sont pas les protagonistes qui permettront de limiter les dégâts. Bien au contraire, les caractères sont inconsistants et leurs réactions improbables, voire contradictoires. Il n’y a aucune nuance, ne serait-ce que dans la folie du père ou la personnalité délurée de l’aînée qui passe de prude en nymphomane en un battement de cils. Ajoutons à cela l’éternel adolescent rebelle porté sur l’ésotérisme et la belle-mère qui invite son amant au domicile de son ex et l’on obtient un triste portrait de familles, à défaut d’un ménage à trois. Soit dit en passant, ce dernier point reste assez confus avec des allusions et des raccourcis incohérents.
Quant à une très hypothétique affiliation avec Amityville, on sombre dans des explications aussi succinctes qu’invraisemblables. On évoque Gilles de Rais qui aurait pris possession de l’horloge pour continuer ses exactions. Finalement, on refait marche arrière et ce serait un démon qui aurait conduit le personnage historique à ses actes. Toujours est-il que l’objet en question a fait un passage par le 112 Ocean Avenue et serait responsable des crimes et des faits surnaturels s’y étant déroulés. Comment peut-on débiter un tel tas d’âneries avec autant de convictions? Un mystère qui est en passe de supplanter l’affaire Amityville elle-même...
Quand on vous dit que la réponse se trouve souvent dans les livres...
Au final, ce sixième volet s’insinue toujours plus profondément dans les strates malléables de la connerie scénaristique de bas étage. Eu égard à ses justifications rocambolesques sur le mal qui voyagerait à travers l’espace et triturait le temps à sa guise, l’histoire ne tient pas la route et se paie le luxe de se perdre dans un humour involontaire, lourd et inutile. Tout est sujet à tourner en dérision le film de hantise sans jamais accrocher l’attention du spectateur si ce n’est par la stupidité latente de l’objet (le métrage, comme l’horloge). Point d’orgue de cette débandade, le dénouement achève une pénible incursion dans la saga Amityville. Mention spéciale aux erreurs de cadrage et à des plans récurrents où les perches et les micros se voient comme le nez au milieu de la figure. Fauché et ridicule jusqu’au bout!
Un film de Tony Randel
Avec : Stephen Macht, Shawn Weatherly, Megan Ward, Damon Martin